Le cinoche à Lolo

Le cinoche à Lolo

SURVEILLANCE

http://www.youtube.com/watch?v=c95ZbU2iQ40

 

SURVEILLANCE ou l'imposture permanente 

 

ATTENTION : POUR CEUX QUI NE CONNAISSENT PAS LE FILM, NE LISEZ PAS LA SUITE.

 


  Deux agents du FBI (Pullman et Ormond) débarquent dans un poste de police afin d’entendre les différents rescapés d’un massacre (une gamine, une paumée et un flic) afin de déterminer ce qu’il s’est passé. Au fur et à mesure des témoignages, des mensonges viennent perturber le bon déroulement de l’histoire. Quand arrive le moment de confronter toutes les versions, il apparaît que les agents du FBI en savent un peu plus long que prévu sur le massacre. Ceux-ci sont en effet les tueurs qui l’ont commis, et ils ne peuvent partir qu’après avoir tué les derniers témoins qu’ils ont sous la main. Enfin, presque tous….


  Ce thriller poisseux et violent est plutôt une bonne surprise avec sa structure à la « Rashomon », confrontant les différents points de vue des personnages sur une même histoire. Constant va et vient entre le feu et le glace, ce film, où la violence est montrée jusque dans ses conséquences, est basé sur les mensonges ou la volonté de ne pas écouter la vérité.

 


1°) Le feu et la glace


                                               

 

  Durant une grande partie du film, Jennifer Lynch s’amuse avec la teinte des images, jouant sur leur chaleur ou leur aspect glacé. Les scènes du poste de police nous montre ainsi le côté « glace » du personnage de Bill Pullman et le côté « feu » de celui de Julia Ormond, et ce jusque dans les éclairages de leurs scènes respectives. Les quelques fois où Bill Pullman rejoint sa partenaire, il se sent obligé d’allumer des lumières, comme pour rafraîchir les teintes chaudes de l’éclairage.

  Basé sur un éclatement du récit en plusieurs points de vue, l’histoire va alterner et jouer sur cette opposition feu/glace. Ainsi, au commissariat, il y a quatre points de vue durant l’interrogatoire, et là, étrangement, les deux agents du FBI se retrouvent dans des scènes aux teintes neutres (ils veulent cacher leur personnalité respective), délégant aux autres leurs teintes originelles :
a) Bill Pullman : il observe depuis une pièce où se trouve les écrans de contrôle : teinte neutre.
b) Julia Ormond : elle interroge la gamine, Stephanie, dans une pièce avec des motifs montrant la nature : teinte neutre.
c) Michael Ironside : le chef du poste de police interroge son collègue survivant dans une salle d’interrogatoire d’un blanc clinique : teinte glacée.
d) Les deux autres flics du poste : ils interrogent la blonde paumée, Bobbi, dans une salle d’interrogatoire plongée dans une pénombre à la moiteur étouffante : teinte chaude.

  Ces teintes chaudes, à la limite de la saturation de couleur des images, sont également présentes au cours des récits chez les deux flics et Bobbi. L’histoire de Stéphanie est racontée sur des teintes plus froides. Ces oppositions vont rythmer une bonne partie du film, laissant entrevoir le caractère de chacun. Les seuls qui arrivent à alterner ces passages de teintes sont les deux personnages centraux du film, les deux agents. Qui ne forment en réalité qu’une seule et même entité.



2°) Les mensonges et illusions


              

 

  L’histoire est basée sur le mensonge :

a) Mensonge sur les histoires : Bobbi prétend être allée à un entretien d’embauche alors qu’elle était chez un dealer, le flic raconte avoir procédé à des contrôles routiers alors que son partenaire et lui s’amusaient à tirer sur les pneus des véhicules arpentant la nationale pour mieux les arrêter après.
b) Mensonge ou non-dit sur les relations entre personnages : les deux agents qui en fait sont deux amants tueurs en série, les deux flics dont on peut penser qu’ils ont une liaison homosexuelle et qui s’inventent des vies de couple auprès des automobilistes, le père de la gamine qui n’est pas son père, la liaison sexuelle entre la secrétaire et le légiste (avouée implicitement par la secrétaire).
c) Mensonge sur les attitudes : tout au long du film, savoir qui fume.

  Tout n’est qu’une illusion permanente : les deux agents sont en fait des tueurs en série, les flics (sensés être les garants de la sécurité) sont des dangers publics, evidence (preuve en français) devient violence par le maquillage des lettres, la gamine est la plus adulte et la plus stable des personnages. Le paroxysme des faux-semblants est atteint lors de la résolution du massacre sur la route où l’on découvre que l’otage n’est pas un otage et que le flic pense avoir tué un des tueurs alors qu’il a tué son partenaire.

  La vérité est dure à entendre, d’ailleurs tous ceux qui essaient se heurtent à un mur d’incompréhension :
a) Stéphanie raconte qu’elle a vu quelque chose d’étrange sur la route. Ses parents ne l’écoutent (ne l’entendent ?) pas.
b) Bobbi qui raconte que les flics ont tiré sur la voiture n’est pas crue.
c) Le flic qui explique que les occupants de la voiture bleue était vivant après leur départ.

  De plus, la vérité (ou la réalité des choses) apparaît souvent sur des supports (les écrans des caméras qui servent à faire parler les témoins, les photos dans une des scènes finales dans la voiture, l’écran de la télé portative dans les toilettes. Dans cette scène, Stéphanie et Bobbi se partage l’information au sujet de meurtres sauvages commis dans la région. Les interrogés passent leur temps à tenter d’avouer dans les salles d’interrogatoire, et alternent des regards face à la caméra. On se rend compte d’ailleurs à ce moment-là que le personnage de Bill Pullman est plus à l’aise derrière ses écrans (où il ne supporte pas que quelqu’un vienne avec un regard extérieur) que lors de face à face. Une autre scène est significative de cet état d’esprit : il fait enlever les photos des crimes commis (et dont il est un des auteurs) d’un tableau où elles sont affichées, ne supportant pas de regarder la vérité en face, du moins de la partager, car plus tard, il les regardera seul.

  La parole de Stéphanie n’est prise au sérieux que par les agents. Comme si un lien les unissait tous les trois.



3°) Le lien mystérieux entre les agents et Stéphanie


                    


  Dès la première scène, on devine qu’un lien unie les deux agents du FBI (probablement, un lien affectueux voire amoureux).

  Stéphanie, elle, lie son destin à celui des deux agents tueurs en deux scènes : lorsqu’elle découvre l’existence des meurtres sur son écran dans les toilettes, puis après, lorsqu’elle comprend qui sont réellement ces agents (elle est d’ailleurs la seule à les avoir percés à jour avant que ceux-ci ne le révèlent à tous le monde). Elle sera d’ailleurs la seule à en réchapper.       Pourquoi ? Plusieurs explications sont possibles :
a) Ils la considèrent comme une des leurs de par ses attitudes de froideur et de sang-froid face aux évènements.
b) Ils la considèrent comme une partenaire de jeu, surtout le personnage de Bill Pullman, qui donne l’impression d’être un gamin (il demande à Bobbi comment elle l’a trouvé depuis le début, inquiétant ou non ; il répond à la secrétaire qui lui demande pourquoi les tueurs laissent leurs empreintes sur les lieux des crimes que peut-être qu’ils s’en foutent (comme des gamins se moquant des conséquences de leurs actes)).
c) Ils aimeraient l’adopter. Plusieurs dialogues laissent entendre un attachement caché à la gamine. On peut également imaginer une maternité ratée chez le personnage de Julia Ormond. Elle a plusieurs gestes maternels envers Stéphanie, et donne l’impression de se reconnaître en elle. Autre signe d’une maternité ratée, elle embrasse le jeune flic qu’elle vient de tuer en lui disant « Au revoir mon chéri » et en le serrant contre elle.

 

  Malgré quelques excès pardonnables (la scène où les personnages se retrouvent sur la nationale pour le contrôle routier est longue et plutôt artificielle, et dans les scènes finales, Bill Pullman et Julia Ormond semblent surjouer), ce thriller tient en haleine jusqu’à ce dénouement étonnant. Il joue sur plusieurs inspirations :

a) « Rashomon », évidemment, pour sa structure éclatée sur les points de vue différents par rapport à une même action.
b) « Délivrance », pour l’ambiance inquiétante des flics, qui rappelle les Rednecks violents et dangereux du film de John Boorman.
c) « Mad Max », pour les cadrages des scènes sur la route, avec en point d’orgue la fuite de Stéphanie devant la camionnette, qui rappelle la fuite de la femme de Max devant les motards.
d) Les premiers films de Wes Craven comme « La colline a des yeux » ou « La dernière maison sur la gauche », avec leurs ambiances poisseuses.
e) Les films de Brian De Palma, où la vérité n’est jamais telle qu’on l’a vue au départ (« Blow Out », « Body Double » ou « Snake Eyes »).

 

                    

 

 

 

 

 

 




16/08/2011
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